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Ionesco

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Ionesco, un classique très connu, mais peu joué

(Le Monde, 28.10.2009)

Il y a un “cas” Eugène Ionesco. Le nom de l’auteur de La Cantatrice chauve est connu dans le monde entier. Né en Roumanie, à Slatina, le 26 novembre 1909, il devrait être célébré à l’occasion du centenaire de sa naissance. La Bibliothèque nationale de France lui consacre déjà une exposition, jusqu’au 3 janvier. La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) confirme qu’il est “un des auteurs français les plus joués en France et dans le monde”. Et pourtant, la postérité du “transcendant satrape”, mort en mars 1994, semble moins flamboyante.

Car si Ionesco est un classique, c’est essentiellement au sens scolaire du terme : La Cantatrice chauve, La Leçon ou Rhinocéros sont toujours étudiés au lycée. Mais beaucoup moins à l’université. Ensuite, si on regarde de plus près la façon dont il est joué, il y a un gros arbre qui cache un certain désert. Cet arbre s’appelle le Théâtre de la Huchette.

La petite salle parisienne joue sans discontinuer La Cantatrice chauve et La Leçon depuis… 1957, dans la mise en scène originale de Nicolas Bataille, créée aux Noctambules en 1950. Avec les années, cette curiosité théâtrale – de nouveaux comédiens remplacent les anciens – est devenue une attraction touristique, au même titre que le Louvre ou la tour Eiffel. Evidemment, La Huchette fait grimper les statistiques.

Et puis Ionesco est souvent monté, à l’étranger comme dans l’Hexagone, par de petites troupes, à la lisière du théâtre amateur. Mais dans les grands théâtres, notamment les prestigieuses scènes publiques, Ionesco est bien peu présent, surtout depuis le début des années 1980, contrairement à son rival, Samuel Beckett, qui n’a cessé d’être joué, encore et encore.

Les exemples d’adaptation se comptent sur les doigts de la main, entre les années 1980 et le milieu des années 2000 : Jean-Luc Boutté avec Les Chaises à la Comédie-Française (1990), Jorge Lavelli et Macbett au Théâtre de la Colline (1992), Michel Bouquet jouant Le Roi se meurt (1994 et 2004).

Le premier à avoir sorti Ionesco de l’esthétique des années 1950 et 1960 dans laquelle il était embaumé, est Jean-Luc Lagarce. En 1991, il met en scène, avec un énorme succès, La Cantatrice chauve. Ce spectacle est repris, depuis 2007, un peu partout en France, avec la même réception enthousiaste – il se joue au Théâtre de l’Athénée, à Paris, du 5 au 21 novembre.

“Quand j’ai annoncé que je voulais mettre en scène Rhinocéros, je me suis heurté à des réactions d’incompréhension, voire de rejet”, raconte, pour sa part, Emmanuel Demarcy-Mota. Le directeur du Théâtre de la Ville, à Paris, a été, avec cette mise en scène de 2004, l’artisan d’une redécouverte du dramaturge, qui reste peu monté par de jeunes metteurs en scène, à l’exception de Laurent Pelly.

Ce dernier explique cette désaffection par les prises de position virulentes d’Ionesco contre Bertolt Brecht. “Dans un théâtre français très brechtien, le rapport à l’imaginaire d’Ionesco a été mal compris.” L’image d’“auteur officiel”, élu à l’Académie française en 1970, ainsi que ses articles dans Le Figaro, ressentis comme réactionnaires, n’ont pas arrangé les choses.

Le metteur en scène Bernard Sobel fait partie de ces artistes qui sont “passés à côté d’Ionesco, annonce-t-il. Ce n’est pas tant son côté anti-Brecht qui me rebutait, que son côté Cioran. Il ne m’était pas très sympathique, et je n’ai pas pris la peine de lire vraiment ses pièces”.

Demarcy-Mota considère aujourd’hui Ionesco comme “un auteur gigantesque et visionnaire”. Il explique : “Il a abordé avant tout le monde des thèmes devenus cruciaux : la contamination idéologique, la violence masquée, l’effondrement du langage et la montée d’une novlangue du monde dominant, un univers sous surveillance, mené par la peur. Nombre de ses pièces sont à redécouvrir : Jeu de massacre, Tueur sans gage, Jacques ou la soumission, L’avenir est dans les oeufs…”

Ionesco bénéficie d’un autre supporteur de poids, Luc Bondy, qui a été, tout jeune, son assistant et son ami. Le grand metteur en scène suisse va monter Les Chaises, la saison prochaine, au Théâtre des Amandiers de Nanterre. “L’enfermer dans cette case de théâtre de l’absurde ne lui a pas rendu service, constate Bondy. Il n’y a rien en commun entre Beckett, Adamov et Ionesco. Mais son théâtre est d’une invention aussi importante que celui de Beckett. Il y a une dimension onirique, une façon d’utiliser la logique pour la décomposer, qui sont uniques.”

En Roumanie, où il a peu vécu, si ce n’est les décisives années de jeunesse, et d’où il s’est enfui, Ionesco n’est “ni plus ni moins monté qu’ailleurs”, confie Marie-France Ionesco, fille et ayant droit du dramaturge, tout en soulignant qu’il fait l’objet “de tentatives de récupérations officielles”. Laissons le dernier mot à Vladimir Jankélévitch. Le philosophe était un “inconditionnel” d’Ionesco : “Il déshabille l’homme, et montre ses bas instincts.” Evidemment, cela fait un peu peur.

Fabienne Darge

Written by Alin Vara

octombrie 28, 2009 la 9:11 pm

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